Contax G1, 45 mm, Agfa HDC+ 400, Lyon Parc de la Tête d'OrAvoir un boîtier compact, moderne, relativement discret, dun prix (presque) raisonnable et aux optiques allemandes, qui ne craquerait ?
Disons-le tout net (pardon), jai cédé trop vite. Depuis quelques temps, je lorgnais dun il concupiscent du côté des télémétriques. On se trouve toutes les raisons du monde pour laisser ses reflex au fourre-tout : cest trop lourd, trop bruyant, ça vibre au déclenchement, les grands-angles sont rétrofocus, etc Un semblant de (mauvaise) raison nous garde des Leica, cependant. Vraiment chers et, quand on porte des lunettes, le cadre du 28 et même celui du 35 ne sont pas entièrement visibles. Mais voilà, il y a les Contax G. Beaucoup moins coûteux, un viseur correct quoi quon en dise et en tous cas bien adapté aux binoclards, sans compter que les optiques Zeiss, cest presque des Leitz, non ? Quelques ballades dans Paris me laissèrent apprécier la cote, environ 6000 Francs pour un G1 en bon état avec son 45 mm f/2. Encore élevé. Et puis un matin, le coup de chance.
Traînant pour doiseuses raisons vers le rayon des occasions d'un revendeur de Lyon, je surpris la conversation dun client venu pour faire reprendre son G1. Jentendis le vendeur parler de 4500 Francs. Je sautai dessus et, après avoir patienté le temps de la conclusion de la reprise, me retrouvai propriétaire dun splendide G1 avec son 45 mm. Bientôt, je fis aussi l'acquisition un 28 et un 90 mm, sans compter le flash TLA 140.
Contax
G1, 28 mm, Fuji Superia 400, Lyon Parc de la Tête d'Or
Lextase, ou presque. Le chargement du film est dune facilité enfantine. Les commandes sont judicieuses, simples, bien placées. Sans atteindre limpression de robustesse dun Leica M ou dun Nikon F5, le boîtier respire la belle ouvrage. Le capot titane métallisé laisse craindre cependant quil se marquera vite (je nai pas manipulé de G noir), il est prudent d'user du gaffer.
Les optiques semblent moins soignées. En particulier, la baïonnette ou plus exactement le système de montage (nous y reviendrons) laisse largement apparaître le plastique. Là rien à voir avec un caillou Leitz ou Nikon AI.
Le viseur, tellement critiqué, est tout à fait correct. Certes limage est petite mais elle est, je le répète, entièrement visible pour les porteurs de lunettes. De plus, l'adaptation automatique à la focale de l'objectif est idéale. On dira ce qu'on veut mais Leica ferait bien d'en prendre de la graine. Lexcroissance que forme le viseur à larrière du boîtier nest peut-être pas esthétique mais elle permet de bien plaquer le boîtier sur le visage sans pour autant sy écraser le nez.
Lexposition est mémorisée par un petit loquet entourant le déclencheur, dispositif qui permet, dune part, de conserver la même valeur dIL pour plusieurs clichés et, dautre part, de modifier le cadrage, par exemple passer en vertical, sans tétaniser lindex. Excellent, dautant plus que celui-ci est déjà mobilisé par la mémorisation de la mise au point au déclencheur.
Le correcteur dexposition n'est pas verrouillé et sa mise en oeuvre est rappelée dans le viseur.
Si lon bascule en manuel, la gestion de lexposition ne pose pas de problème, on regrettera simplement que louverture ne soit pas, elle, rappelée dans le viseur.
Le moteur est agréable quoique bruyant. Si le déclenchement et le réarmement sont un peu moins perceptibles que ceux d'un reflex nous sommes loin d'un Leica M. Le rembobinage - automatique du film attirera sur vous tous les regards.
Contax
G1, 45 mm, Kodak TMax 400CN, depuis un train approchant de Dijon au petit
jour
En automatique, une légère pression sur le déclencheur mémorise la mise au point qui seffectue sur l'objet désigné par un petit rectangle occupant environ 1/8 du cadre de visée. En faisant attention, on peut mémoriser la mise au point par un appui à mi-pression sur le déclencheur, prendre un cliché et ne pas relâcher complètement le déclencheur afin de maintenir la mémorisation pour limage suivante. Très bien.
Mais il en est tout autrement de la mise au point manuelle. Inutilisable. Non pas parce quelle est malcommode (elle lest), il faut tourner une molette globalement située à la place du barillet des vitesse sur un reflex, mais parce quelle ne marche pas !
Comme on le sait, le G1 ne fournit pas doutil optique pour ce réglage. En dautres termes, cest le dispositif autofocus qui contrôle laffichage dans le viseur dun témoin de mise au point correcte. Il faut donc lui faire confiance en toutes circonstances. Cest le premier gros défaut des G. En général, on abandonne lautofocus quand celui-ci nest plus capable dassurer sa tâche. Sur un reflex, on se rabat donc sur lappréciation de la netteté sur le verre de visée (plus ou moins aisée sur les boîtiers modernes, jen conviens). Ici, il nen est pas question. Si le système autofocus ne peut déterminer la distance du sujet, la mise au point manuelle ne le peut pas non plus. A plusieurs reprises, en un mois dutilisation, je nai pas pu, vraiment pas - puisque l'obturateur est inopérant - photographier mon sujet. En particulier, les contre-jours posent un problème insolvable au système. Jai fini par découvrir quen faisant de lombre de la main sur les fenêtres autofocus, cela améliorait les choses et permettait parfois doutrepasser la mauvaise volonté du G1 (je nai pas fait ces expériences sur un G2). Mais dans le cas dune source de lumière violente dans laxe optique, cest peine perdue. Il en est de même si le système ne comporte pas de verticales. A la limite, ce point représente un vice connu du système. Admettons.
Ce qui, en revanche, est rédhibitoire, cest limprécision de cette mise au point manuelle. Visons un sujet. Tournons la molette jusquà ce que le signal de mise au point correcte sallume dans le viseur. Puis, continuons à faire tourner la molette dans un sens ou dans lautre. Le repère ne séteint quau bout dune rotation denviron 5 degrés. Naturellement, la distance programmée continue de changer. Cest un peu comme si le G1 vous indiquait une mise au point comprise entre 1.4 et 1.6 m. Inutilisable, je vous dis.
La période de réelle euphorie du début s'est assombrie brusquement lorsque j'ai eu l'idée saugrenue de faire des tests grossiers de comparaison des objectifs. Je pris un trépied, y montai le G1 et son 90 mm et visai une carte de format A4 portant des inscriptions dans diverses tailles de polices. Par une aberration dont la raison m'échappe, je me mis à considérer l'afficheur LCD externe qui comporte, entres autres, l'indication de la distance de mise au point. Pressant plusieurs fois le déclencheur à mi-course, je fus bien étonné de constater que la valeur présentait de sérieuses irrégularités. Je notai : 1.05, 1.04, 1.03, 1.07, 1.06, 1.03, 1.05, 1.05. Bien. Nous sommes en face d'un cas atypique et à une distance piégeante. Visons donc un radiateur électrique à l'arête verticale contrastant bien avec le mur : 1.89, 1.91, 1.93, 1.90, 1.89, 1.88, 1.93. Troublant. Farfouillant dans la pile de publicités rescapées de la poubelle, j'en sortis une chemise cartonnée au graphisme épuré : une moitié verticale blanche, l'autre noire. Même résultat, d'ailleurs peu étonnant puisque le G1 a l'air de fonctionner au tout ou rien : soit l'objet visé lui plaît et il fait le point, soit il refuse carrément ; il ne patauge pas dans la semoule comme un Nikon F601, par exemple, qui n'y arrive pas mais essaie quand même. Revenons à notre première "mire" et déclenchons pour de bon. Après tout, c'est peut-être un problème d'affichage, Contax ne laisserait pas passer cela, non ? Voici donc quelques exemples.



Exemples de tests de mise au point avec le 90 mm avec des values lues de, respectivement, 1.03, 1.05, 1.07 m. Prise de vues au flash. Agrandissement linéaire d'environ 10 fois. Les variations de densité sont dues à la numérisation.
Comme on le voit, la mise au point est bien aléatoire et l'on peut faire confiance au LCD. Du coup, j'ai pu confirmer à peu de frais que le même phénomène se produisait avec le 45 mm. La fourchette d'erreur est plus réduite mais, là aussi, la distance choisie par l'autofocus varie. Seul le 28 mm présente une variation d'environ 1 cm et donc acceptable.
Pourquoi acceptable ? Parce que l'on se trouve largement dans la zone de profondeur de champ. Est-ce le cas pour les autres optiques ? A première vue (basse), on pourrait penser que oui, puisque les écarts sont relativement réduits, de l'ordre de 2%. Pourtant, la première série de distances s'étale de 1.03 à 1.07 et sa moyenne est donc à 1.05. Pour un 90 mm mis au point à 1.05 m, la profondeur de champ va de 1.04 à 1.06 m pour un cercle de confusion de 0,025 mm. Les 1.03 et 1.07 sont donc hors tolérance. De plus, rien ne garantit que la véritable valeur soit au milieu de la fourchette (sur notre exemple, l'image du 1.07 est moins mauvaise que celle du 1.03) ! A 1.80 m, les choses s'améliorent mais de toutes façons, vous n'obtenez pas - du moins à coup sûr - la mise au point précisément voulue et le piqué ne peut que s'en ressentir.
Honnêtement, sur le terrain, je n'avais pas vraiment réalisé le problème. Certes, quelques vues manquaient de précision mais j'avais mis cela sur le compte d'erreurs de manipulation. Par ailleurs, sur la mailing list des Contax G (dont le site semble avoir aujourd'hui disparu), quelques utilisateurs écrivent bien qu'ils ont été victimes de soucis avec le couple G1-90mm mais ils ont pu faire recaler leur boîtier par Kyocera.
Quelque peu déçu tout de même, je retournai là où j'avais acheté le boîtier afin de faire jouer la garantie pour un retour SAV. Là, surprise, un autre G1 d'occasion attendait son heure. Je demande aux vendeurs (décidément très bien) de refaire le test avec ce second exemplaire, plus récent, mais nous obtenons le même genre de résultat quoique les variation apparussent plus réduites. J'ai cependant pu échanger le G1 et le 45 pour une question de baïonette dont nous parlerons plus loin. Notez que les deux appareils portaient l'étiquette verte indiquant qu'ils avaient été modifiés - ou fabriqués - afin d'être compatibles avec le 35 et le 21 mm. Leur électronique n'était donc pas celle des tout premiers exemplaires (reste à savoir si la modification touche le système autofocus).
Je me retrouvais au point de départ, de moins en moins convaincu qu'un simple réglage suffirait. Quelques jours après, une idée insidiueuse avait fait son chemin. Qu'en est-il du G2 ? Je me ruai donc vers le revendeur le plus proche ce jour là (Dijon) et, fort sournoisement, demandai à voir l'appareil. Je fis habilement glisser la conversation sur la mise au point, sortis mon 90 mm, posai le boîtier sur le comptoir et actionnai le déclencheur en visant un pilier situé à 1 m environ. Et le beau G2 tout neuf se mit à afficher une série tout aussi aléatoire que celle de mon G1 d'occasion ! Je sais à quoi vous pensez... Faisant constater la cause de ma déconvenue au vendeur, je laissai entendre que mon 90 avait peut-être quelque chose et, merci à lui, il sortit un autre exemplaire du rayon avec lequel nous pûmes constater, de nouveau, les même aberrations.
Les Contax ont du charme. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, je décidai quand même de garder mon G1. Certes, je le regardais d'un oeil noir de reproches mais je continuais à m'en servir. J'avais naturellement fait voeu d'éviter les sujets proches au 90 et même au 45 et à grande ouverture. Or, un soir de beau temps d'automne, après une promenade nonchalante, j'avisai un mur de pierre au motif qui me plut. Je cadrai avec application, vérifiai les paramètres d'exposition, dans les 1/500 à f/5.6, et déclenchai. La pellicule venait de se terminer, le G1 a rembobiné automatiquement. Tranquille, je rejoignis les enfants qui continuaient leur chemin en babillant. Or l'image en question, la voici :
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Inutile de dire que j'ai troqué le système contre quelques bonnes optiques Nikon et un solide F3 à traîner partout. Les amours d'un mois laissent un goût amer...
Je ne doute pas des témoignages d'utilisateurs satisfaits que j'ai pu lire aussi bien dans la mailing-list GontaxG que dans les news. A plusieurs reprises, des participants ont affirmé avoir refait des tests de cohérence de la mise au point et n'avoir pas noté d'anomalies. Je n'ai aucune raison de ne pas les croire. Il n'empêche que sur deux G1 et un G2, j'ai objectivement constaté un fonctionnement aberrant. Tolérances trop larges à la fabrication, défaillance des contrôles ou vice de conception ? Je n'en sais rien. Le Contax G était le plus plaisant des boîtiers que j'aie utilisés (et j'en ai utilisés beaucoup) mais l'incertitude de cette mise au point est, à mes yeux, intolérable.
En fait, d'où le titre du paragraphe, c'est le système de montage complet qui est mal pensé. Sur un reflex ou un Leica M, vous saisissez à pleine main l'objectif et, après déverrouillage d'une sécurité, vous le faites touner - entièrement - dans un sens ou dans l'autre. Sur les G, ne vous avisez pas de faire ça ! L'objectif DOIT être inséré tout droit dans le boîtier puis vous devez faire tourner une bague de l'optique pour solidariser celle-ci. Non seulement ce principe est dérangeant parce qu'inhabituel mais il demande une grande attention et une infinie douceur. De plus, le boîtier comporte des contacts qui ressemblent à du fil de cuivre épais formant une arche alors que d'autres constructeurs emploient des billes à la place. Ces contacts sont donc extrêmement fragiles et toute erreur d'alignement de l'objectif va les tordre lorsque l'on tourne la bague de serrage. Aberrant !
Vous vous rappelez que j'ai changé de G1. Pourquoi, puisque l'autre présentait les mêmes défauts de l'autofocus ? Parce que ces fameux contacts du premier boîtier étaient, pour certains, tordus.
Enfin un petit truc pour ceux qui ne liraient pas la mailing list et qui auraient un G : il parait qu'en nettoyant les contacts, l'autofocus reprend sa vitesse initiale et hésite moins.
Contax G1, 45 mm, Kodak TMax 400CN, Lyon
Lors de discussions dans fr.rec.photo, il a été question de l'attitude des revues face au G1. Quand l'appareil est sorti, je ne m'intéressais plus à la photo et je n'avais donc pas lu grand chose sur ce Contax au moment de mon achat, jusque quelques articles laudatifs le comparant au M6. Evidemment, l'Internet est riche d'informations mais les sites sur du matériel sont en général montés par des enthousiastes de l'objet...
Pour en revenir aux revues, il se trouve que je suis tombé, à la Photo Librairie (Paris) sur un vieil exemplaire de Chasseur d'Images qui titrait "Les mauvaises surprises du Contax G1". J'aurais mieux fait de le lire avant, les deux vices dont traite cette page sont parfaitement décrits.
© Jean-Claude Berger, 1999.